Mercredi 14 novembre 2007
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J’adore le principe des AG.
Ouais je dis AG, maintenant, moi. Comme les gens qu’ont vécu. Avant, quand je connaissais pas la vie, je disais Assemblée Générale, je savais pas trop ce que ça pouvait impliquer, je savais juste que c’était un truc à la fac, des étudiants qui se réusnissaient pour discuter, et que ça se passait un peu bizarrement. L’AG, c’est l’endroit où tu décides du blocage de la Sorbonne, par exemple. Le principe est simple, en fait : les étudiants se réunissent, ils discutent, et après ils votent pour décider des actions à accomplir. La spécificité des étudiants de la Sorbonne, c’est que c’est des pourris.
Je m’explique. En ce moment, le grand sujet, c’est la loi Pécresse. Les étudiants d’extrême-gauche ils sont pas contents, tout ça, alors ils font passer des tracts où ils racontent des trucs même pas dans la loi pour que les autres râlent avec eux et manifestent. Genre un peu le CPE. À part que maintenant je suis à la fac, et que donc forcément je suis plus concernée. Donc ils écrivent des tracts, à la fin desquels ils annoncent des AG pour « discuter ». Généralement l’AG tombe pendant des heures de cours de cours importants, et de toute façon t’apprends l’heure d’une AG quand elle est terminée. Comme ça ils sont sûrs que si t’es pas d’accord avec eux, t’es pas là.
Ca c’est le principe de base. Ils sont que quelques étudiants déchaînés à vouloir bloquer la Sorbonne pour protester. Comme ça a fini par être connu, la méthode, les étudiants commencent à se méfier. Ils se disent qu’lis vont peut-être y aller, à ces AG, pour être là pendant les votes et pas les laisser prétendre que « la majorité a décidé que ». La majorité de trois élèves, merci bien pour la représentation démographique et cratique. Du coup les autres, ils ont adapté leurs techniques. Puisque des opposants se manifestent pendant les débats, ils les font durer. Des heures de discussions stériles et sans intérêt. Les autres partent au fur et à mesure, parce que rater des cours pour voter, ok, mais si c’est que pour discutailler, ils abandonnent. Et quand tous les contre sont partis, les pour votent.
Pour le blocage. Et c’est comme ça que ce matin, la Sorbonne était bloquée. Apparemment, hier, ils ont voté le blocage. Moi je sais pas, j’y étais pas. Tous les gens que je connais qui ont assisté à l’AG sont partis avant qu’ils décident de voter. Le vote, grand moment, en plus. Deux phases : un premier vote à main levée pour décider si le vote sera fait à main levée ou non. Évidemment, ils finissent par le faire à main levée, le deuxième. C’est plus facile pour casser de l’opposant, après.
En plus, ce blocage tombe super bien, en plein pendant les grèves de transport. Un métro sur six, pas de RER, plus de vélibs, le bonheur des amateurs de trottinettes et autres rollers. Tous les petits étudiants sérieux et volontaires qui se sont levés à cinq heures du mat pour être en cours à dix heures après une marche fervente (non, pas moi, chacun sait que je suis une gosse de bourgeois capitalistes, ma mère m’accompagne en voiture) se retrouvent coincés comme un pigeon face à une voiture devant trois rangs de fascistes qui bloquent le haut lieu des études françaises. Déjà le jeudi de la première grève, c’était pas marrant pour eux d’aller en cours. Mais là c’est nettement plus mieux. Tu vas en cours à tes risques et périls, tu sues à grosses gouttes pour arriver à l’heure, et quand tu foules enfin de ton pied reconnaissant le terreau du savoir, tu te retrouves fort marri à ne pouvoir y accéder plus pleinement.
J’ai dit plusieurs fois ces dernières semaines que quelques jours de blocage ça me gênait pas, que ça me ferait des vacances. Nan mais j’avais oublié de préciser que c’était valable uniquement si c’était officiel et que j’avais pas besoin de me déplacer le matin pour vérifier. Sans compter qu’on est le14 novembre. En soi ça veut rien dire, mais si tu remues un tant soit peu ce qui te reste de cellules grises après la manif d’hier, tu te rends compte qu’on est à la moitié du semestre, en fait. Et il est hors de questin qu’on m’annule mon année parce que quelques crétins dégénérés ont fait un blocus et nous empêchent de faire cours.
Depuis des années je revendique mon indépendance totale face à la politique. Globalement, prosaïquement, je m’en fous. Je veux dire, la loi Pécresse, c’est sûrement important, j’en doute pas. Je comprends qu’on soit pour, je comprends qu’on soit contre. Il y a juste un truc que je comprends pas. Quand j’étais petite, on m’a appris la système de la démocratie : un type qui te représente est élu à la majorité, et quand il fait des réformes, si t’es d’accord avec lui tant mieux, sinon tant pis, tu respectes la volonté de la France. Bah c’est pas ça que je vois, devant la Sorbonne.
Les étudiants, eux là, les bloqueurs, ils râlent dès qu’il y a une réforme. On a un président élu démocratiquement, que tu l’aimes ou pas. Il veut mettre en place des réformes votées par l’Assemblée Nationale, élue démocratiquement, que tu l’aimes ou pas. Alors quand il y en a une en cours, tu l’acceptes, que tu sois d’accord ou pas. C’est la dé-mo-cra-tie. Parce que si chaque fois qu’un truc plaît pas à quelqu’un, il appelle ses potes et ils font grève, la France elle bougera plus. Moribonde, elle sera, j’te dis. Quand t’as un tout petit nombre d’élèves qui empêche la plupart de bosser, moi j’appelle pas ça la démocratie.
Les grévistes et les étudiants, il faut les brûler.
Et pour ceux qui ont besoin des renseignements : l’état de la grève des transports sur le site de LCI (état grève transports ratp rer ter vais-je pouvoir me rendre à mon travail), le site où vérifier si t’auras un RER ou pas (abcd rer horaires grève 14 novembre 14/11), le site de la Sorbonne pour que voyez comment qu’il est joli (même s'il n'y a rien dessus).

Ils m'ont écrit ici