C'est comme assister à un viol.
Elle le nettoie, c'est la seule à le faire correctement, à fond. Elle le tourne un peu, défait la couche, passe du savon, le gant de toilette, il sait qu'elle fait quelque chose qu'elle n'a pas à faire. Le gant de toilette à nouveau, il la frappe tant qu'il peut, il n'a plus de force dans les bras mais il la frappe quand même, elle n'arrête pas. Elle dit des mots qui n'ont pas de sens, laissez-vous faire je dois rincer, et le gant de toilette qui repasse encore, elle n'a rien à faire là, il faut qu'elle le laisse.
On dirait qu'elle s'arrête, mais c'est pour le retourner, elle retire la couche, et à nouveau le gant de toilette. Du savon, de l'eau, pourquoi passe-t-elle sur ses fesses, elle n'a pas à le toucher, il essaie de la frapper, encore, toujours, elle doit s'arrêter, il la menace, on comprendrait presque ce qu'il essaie d'articuler. Il retombe sur le côté, elle le pousse à nouveau, tente de retirer le savon, il frappe, il s'accroche à son bras, tente de l'arrêter, elle a plus de force que lui.
C'est fini, la toilette est faite, il a l'air à bout de forces, mais elle n'arrête pas, elle doit passer la crème, c'est encore pire, il râle, il hurle, il l'injurie, il la somme d'arrêter, un gargouillis de mots incompréhensibles, elle frotte, elle enduit, il n'en peut plus, on dirait qu'il va pleurer, il est tellement impuissant et elle ne s'arrête pas.
Un regard plein d'incompréhension quand je lui dis de ne pas lui donner de coups de pieds, elle essaie juste de t'éviter des escarres, laisse-la faire, mais elle est là, elle fait des choses, tu ne vois pas, pourquoi tu ne fais rien, vous allez voir quand Bernadette va rentrer. Il voudrait la pousser mais il n'a pas la force, il voudrait la mordre mais il n'a plus ses dents.
Et cette douleur dans le regard, sans cesse. Elle a fait des choses. Elle lui a fait des choses. Il n'a rien pu faire. Il en pleure dans son lit.
Et moi aussi.
Et moi je m’en veux de n’y penser que maintenant, de ne réaliser que maintenant, alors qu’elle doit vivre ça tous les jours, de pleurer parce que je ne m’en rendais pas compte, auto-apitoiement peut-être, c’est sale, il faudrait pleurer pour elle, je voudrais vomir pour oublier, ne plus penser, me débarrasser de la souffrance et des souvenirs en rendant tout ce que j'ai vu comme l'anorexique rend son repas de trop, je veux rester une anorexique de la souffrance. Je veux juste oublier.
Ils m'ont écrit ici