Oeil, ouïe, odorat. Ou presque.

Mardi 11 août 2009


Les odeurs, donc. 

 
 

J'en avais déjà discuté, et déjà à l'époque j'avais du mal à comprendre qu'on ne porte pas de parfum. J'en reviens à ce que je disais hier : le parfum est pour moi une composante essentielle de la personne, et je pèse mes mots. Plus exactement, l'odeur de quelqu'un est l'une des facettes essentielles de sa personne.

 

J'ai besoin, quand je fourre mon nez dans le cou de quelqu'un —ce qui, je l'accorde aisément, ne m'arrive pas souvent. Depuis quand c'est une bonne raison ?— de le sentir, d'assimiler son existence olfactive au même titre que je le res-sens contre moi (oh rage de cette homophonie entre feel et smell...).

 

 

On néglige trop souvent l'odorat au profit de la vue ; c'est sans doute beaucoup plus insidieux. La règle générale veut qu'on trouve quelqu'un attirant ou non en fonction de son apparence physique —disons en gros ses traits, sa façon de bouger, d'occuper l'espace ...— en premier lieu, puis de sa voix —la hauteur, la chaleur, les inflexions... Tout Delerm, en somme.


C'est manquer toute la dimension olfactive, à mon sens. Comme dit Sollers, que, comme il se doit, je suis la seule à aimer : "Les affaires de désir ont lieu dans le nez : buée, fumée, rosée, ondes, particules, répulsions ou attractions invisibles, odeurs en creux, narines et limailles de l'air." Tout ce qui fait cette attirance imperceptible et le plus souvent incompréhensible, parce qu'elle se situe dans une dimension qu'on ne perçoit pas.

 

 

C'est là que se situe le parfum, pour mon nez au moins. Il s'associe à l'odeur naturelle, au même titre que, disons, s'épiler les sourcils ne change pas l'essence de quelqu'un mais modifie le regard qu'on porte sur lui. Le parfum se porte comme un vêtement, adapté à l'occasion, à l'humeur... en se mêlant à soi. Idées contradictoires sans doute, de ce parfum comme une couche supplémentaire de séduction, de protection, qui peut être changé sans modifier l'essence d'une personne, et qui pourtant s'associe si intimement à ce qu'il est.

 

C'est ça : le parfum est la personne — mais celle de l'extérieur peut-être. L'odeur brute reste pour moi celle de l'intimité, je crois. Celle qu'on ne peut vraiment discerner que lorsqu'on est proche de quelqu'un —la sphère du privé, Delerm encore, comme une impudeur de l'odeur. Comme on ne connaît pas le grain de peau d'un inconnu, qu'on touche les gens qu'on connaît, qu'on s'appuie sur ceux avec qui on partage plus qu'un souvenir de repas, et qu'on effleure ceux dont on est proche —la même différence pour l'odorat, les odeurs qui s'ajoutent, se complètent, se lient, se délient...

 

 

Et la difficulté habituelle pour conclure.


Par Pattes
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